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EXPLICATION D’UN TEXTE DE JEAN PAUL SARTRE SUR LA LIBERTE - Bonne copie de Robin D. (TG5, année 2026) faite sur table en 2H.

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Publié le 27/04/2026 à 12:00 dans Bonnes copies d'élèves

EXPLICATION D’UN TEXTE DE JEAN PAUL SARTRE Bonne copie de Robin D. (TG5, année 2026) faite sur table en 2H.

TEXTE :

"L'argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance… Loin que nous puissions modifier notre situation, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous-mêmes. Je ne suis libre ni d'échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d'édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, tuberculeux… etc. Bien plus qu'il ne paraît "se faire", l'homme semble "être fait" par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l'histoire de la collectivité dont il fait partie, l'hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie… Cet argument n'a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine: Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu'il faut "tâcher de nous vaincre plutôt que la fortune". C'est qu'il convient de faire des distinctions: beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d'adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c'est par nous, c'est-à-dire par la position préalable d'une fin que surgit ce coefficient d'adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l'escalader pour contempler le paysage… Ainsi, bien que les choses brutes paraissent limiter notre liberté d'action, c'est notre liberté elle-même qui constitue le cadre, la technique et les fins par rapport auxquelles elles se manifesteront comme des limites. C'est notre liberté elle-même qui constitue les limites qu'elle rencontrera par la suite. En sorte que les résistances que la liberté dévoile dans l'existant, loin d'être un danger pour la liberté, ne font que lui permettre de surgir comme liberté. Il ne peut y avoir de sujet libre que comme engagé dans un monde résistant. En dehors de cet engagement, les notions de liberté ou de nécessité perdent jusqu'à leur sens".

Jean-Paul Sartre, extrait de L’Etre et le Néant (1943).

Jean-Paul Sartre, philosophe du 20ème siècle, écrit l’Etre et le néant en 1943. Dans cet ouvrage, il aborde la question de la liberté et notamment dans ce texte, de son étendue. Il va en effet se demander si la liberté peut être bridée ou au contraire améliorée et agrandie. Le problème posé par ce texte est donc de savoir si la liberté est réduite par les obstacles auxquels nous nous confrontons ou si ces résistances ne sont pas paradoxalement ce qui nous permet de propulser notre liberté et d’en montrer l’existence. La théorie de Sartre est que la volonté serait plus forte que les déterminismes et que les choses qui sont pour nous à première vue des résistances permettent en fait de montrer la possibilité de la liberté. L’argument principal utilisé par l’auteur est que notre liberté pose elle-même le but que notre volonté cherche à atteindre et donc le cadre à l’intérieur duquel certaines choses nous apparaissent comme des obstacles. Plus l’objectif est précis, plus les conditions sont nombreuses et importantes, plus les résistances sont multipliées. Pour démontrer cette idée, l’auteur commencera par évoquer la thèse déterministe dans une première partie pour ensuite la réfuter dans la seconde.

Jean-Paul Sartre commence donc son texte par l’exposition de la thèse opposée à la sienne : celle du déterminisme qui montrerait notre incapacité à faire des choix vraiment librement et à nous transformer comme nous le souhaitons. En d’autres termes, selon cette théorie, nous serions dans l’incapacité d’exercer pleinement librement notre complète liberté car il existe de nombreux facteurs, parfois inconnus de nous, qui nous conditionnent et influencent notre existence . Ces déterminismes nous empêchent d’effectuer telle ou telle chose ou de pouvoir nous construire en toute indépendance. En effet, Sartre évoque par une énumération les nombreux déterminismes auxquels les hommes sont soumis, qu’ils soient sociaux (la famille, la nation, la classe) ou biologiques (la maladie, l’hérédité). L’homme ne se fabrique donc pas librement : il est façonné par le monde qui l’entoure et ses propres constituants. Bien plus qu’il ne paraît « se faire » l’homme semble « être fait ». Il ne peut donc être libre puisqu’il ne peut échapper aux circonstances qui l’emprisonnent.

L’homme devrait donc renoncer à l’hypothèse de la liberté car il n’aurait pas le pouvoir de changer les choses et d’échapper au déterminisme. Mais Sartre va montrer qu’en réalité, ces obstacles et la notion même de déterminisme ne sont pas incompatibles avec l’existence de notre libre arbitre. Mieux même, ces obstacles sont ce à partir de quoi va se révéler la liberté elle-même car il est possible de les voir comme des tremplins qui permettent la croissance de notre liberté.

En effet, la théorie qui affirme l’existence de la liberté humaine n’a jamais été rendue impossible par les arguments déterministes car notre volonté étant infinie, comme le soulignait Descartes, nous conservons malgré tout notre capacité de nous conduire nous-mêmes, malgré tout, et c’est précisément cela qui est la démonstration de l’existence de notre liberté. Même s’il existe des oppositions à notre vouloir, nous conservons notre motivation contre un « certain coefficient d’adversité des choses », c’est-à-dire contre une certain niveau de déterminisme. Mieux même, ce coefficient varie en fonction de notre liberté elle-même car c’est parce que nous nous fixons librement des objectifs (que nous nous imposons à nous-mêmes) que certaines choses nous apparaissent comme des obstacles. Si nous avons un but prévis, la force de résistance que nous allons rencontrer pour aller vers ce but précis est produite par le fait que nous désirons atteindre ce but. Au contraire, renoncer à ce but supprimera l’existence même de la résistance. Sartre ira jusqu’à dire que c’est l’adversité que nous rencontrons qui peut devenir pour nous une aide en prenant l’exemple du rocher : il nous bloque si nous voulons le déplacer, mais il peut nous aider si l’on veut l’escalader pour aller admirer une vue à une hauteur plus élevée. Ainsi, souligne le texte, c’est la liberté qui détermine elle-même ce qui peut lui apparaître comme une résistance : on peut choisir quelle sera la force que nous allons rencontrer, ce qui démontre donc l’existence de notre liberté.

Sartre veut donc montrer que les choses qui, à première vue, nous empêchent d’avancer n’existent en tant qu’obstacles qu’à cause de nous et de nos propres choix. Nous posons donc nous-mêmes les conditions de notre propre action et nous pouvons donc librement réduire ou augmenter le nombre d’obstacles que nous allons rencontrer. Nous créons alors les limites auxquelles nous nous confrontons et les résistances auxquelles nous faisons face sont paradoxalement les signes de notre liberté. Lorsque Sartre dit qu’il ne peut y avoir de sujet libre que dans un monde résistant, il résume donc sa pensée selon laquelle l’homme n’est libre qu’en rencontrant les limites et les oppositions par rapport auxquelles nous pouvons agir. D’une certaine manière nous pourrions même dire que la liberté n’aurait aucun sens si elle ne tentait pas, à chaque fois, de contrer les résistances auxquelles elle se confronte.

Ainsi, en réfutant la thèse du déterminisme (au sens d’un fatalisme qui voudrait nier l’existence de la liberté), Sartre souligne le fait que nous sommes nous même responsables non de notre situation mais de notre action par rapport à elle.

Article écrit par Éric Chevet